Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mont de Maniglia et Tête de Cialancioun

Mercredi 19 aout 2015 – il fait encore bien frais ce matin, mais je me lève à 6h30 pour plier le camp. En 30min je suis prêt et prend la direction de Maljasset. Le ciel est limpide. Quelle chance après l’averse de cette nuit. Au détour d’un virage, j’aperçois le Brec de Chambeyron, recouvert d’une fine pellicule de neige, tombée durant la nuit ! Quelle surprise… Seuls certains sommets de plus de 3000m sur mon secteur le sont : la Fonte Sancte n’a rien. 7h30, je quitte le hameau en direction de Maurin et du Vallon de Mary après avoir traversé le torrent de l’Ubaye. La montée débute sur une large piste menant à des caravanes de bergers puis au Clos de Balet (à proximité d’une des anciennes carrières). Je ne cours pas mais monte en marche rapide. Personne devant, personne derrière. 1er ressaut, puis un second juste au-dessus du torrent de Mary et je laisse derrière moi la bergerie Inf. de Mary (2293m). La montée n’est pas dure, roulante sur un large GR. C’est alors que j’aperçois un randonneur devant moi. Il disparait rapidement à la faveur d’un ressaut, le dernier m’empêchant d’être complètement au soleil, qui me ferait du bien pour me réchauffer un peu. Je laisse main droite la sente permettant de monter en direction de l’Aiguille Pierre André (2812m). J’admire ces 2 massives aiguilles : Pierre André et l’Aiguille Large, faites de gneiss. Je m’autorise une petite pause, au soleil, en contre-bas de la bergerie Sup.de Mary (2293m), pour me découvrir un peu et mettre les lunettes de soleil. Je n’aperçois que les pics des Aiguilles de Chambeyron, qui de là, semblent être immenses. J’ai presque rattrapé mon prédécesseur. Ça bouge aussi du côté de la bergerie qui s’éveille. Je dépasse la bifurcation menant aux Lacs Marinet, cachés derrière un verrou duquel s’écoule une cascade bien chargée. J’aperçois déjà face à moi le passage du Col Mary, les 2 Pointes de Mary, mais aussi et surtout un ensemble de sommets vers lesquels je me dirige : le Mont de Maniglia et la Tête de Cialancioun. Les sommets allant de la Pointe Basse de Mary à la Tête de Cialancioun dépassent largement les 3000m d’altitude. C’est donc tout à fait logique qu’ils soient légèrement saupoudrés de blanc ce matin. Cela remet-il en question mon ascension du Mont de Maniglia (3183m), voire de la Tête de Cialancioun (3023m) ? Je suis encore un peu loin pour voir l’ampleur de cette pellicule et je n’aperçois pas encore les itinéraires de montée. Il faut que je rejoigne et dépasse les Lacs de Roure, un ensemble d’une dizaine de lacs disséminés dans le majestueux cirque fermé par les Pointes de Mary, les Dents et Mont de Maniglia et la Tête de Cialancioun. Je quitte alors le GR menant au Col Mary pour un hors sentier qui va me permettre de tirer plus directement vers le Col de Roure.

Mont de Maniglia et Tête de Cialancioun

Je perds alors l’homme qui me précédait et je pense que j’ai dû rater la sente cairnée menant aux lacs. Pas grave. Je commence à connaitre le secteur et je n’ai pas besoin de sentier pour serpenter entre les rognons et les lacs pour monter au col. Mais rapidement, bien avant de tomber sur le 1er des lacs de Roure, vers 2500m d’altitude, je retombe sur la sente et les cairns : comme quoi j’avais raison, j’étais sur la bonne trace. Le 1er lac, vers 2558m est splendide dans ce cadre : entouré de très beaux sommets et en surplomb et en toile de fond le Pic de Panastrel, la Font Sancte et la Tête Girardin. Les différents ressauts me cachent encore le Col de Roure mais je m’en rapproche. Je suis contraint de me recouvrir un peu car une brise assez forte rend l’air très frais. La pluie de la veille (et la neige) ont bien rafraichit l’atmosphère. Je passe bien au-dessus d’un autre lac et il se détache bien avec en arrière fond la Pointe Haute de Marie et les Dents de Maniglia. Puis, à 2680m, au bord d’un autre lac bien circulaire, j’aperçois très bien la Tête de Cialancioun et le pas éponyme. La face nord semble bien blanche mais l’arête Est semble facile à gravir depuis le col (environ 100mD+). Une bonne solution de repli si je ne peux pas monter la Maniglia que j’aperçois ainsi que le Col de Roure (2829m) depuis le dernier lac de Roure, complètement à sec. Sauf au cette fois, les marques de dessiccation ne sont pas si nettes et le sol pas si dur à cause de la pluie de la nuit dernière. C’est un beau bourbier. Je contourne le lac par la gauche et file rejoindre le col. J’observe le Mont de Maniglia et surtout la barre rocheuse au-dessus du col. L’une des voies y passe : il s’agit de trouver ladite cheminée. C’est tout de suite très raide. Quelques cairns mènent à la base de la paroi. Au pied de celle-ci, un coup d’œil à gauche, un autre à droite. Le dernier cairn est sur ma main droite : c’est donc la base de la cheminée. Un passage d’une dizaine de mètres, presque vertical. Une sangle, un piton… Hum ! Bon, c’est parti. Je range l’appareil et fixe les bâtons au sac et en avant. Au final, il y a des prises de partout, tant pour les pieds que les mains et le passage est vite effacé, non sans une extrême prudence. Je suis seul, c’est un peu exposé, je me dois de faire attention. Je me retrouve alors au sol et hélas très peu de cairns à suivre. Le sommet est encore un peu blanchi. Maintenant que je suis là, j’y vais. Dans les pierres, la neige, ça ira. Je suis face à une combe sous le sommet et à un petit mont plus au sud. C’est d’ici qu’arrivent ceux qui ne prennent pas la cheminée pense-je. Le topo parle de la combe, de son pierrier, à contourner par la gauche. Je m’y dirige. 2/3 cairns, rien de bien tracé. Je tire droit et ne contourne pas la combe en entier. C’est raide mais j’arrive sur l’arête sommitale sans souci. Ça glisse un peu mais le pierrier se monte bien. Derrière moi, toute l’enfilade des Dents de Maniglia et devant moi, 2 cairns sommitaux, les 2 sommets du Mont de Maniglia (2183m). Même pendage qu’au Mont Salsa, que j’aperçois avec le Rubren, même orientation des schistes. Superbe sommet. Dommage que le Viso soit déjà masqué par les nuages. Mais la vue est saisissante sur le cœur du Chambeyron.

Mont de Maniglia et Tête de Cialancioun

2 Italiens sont au sommet, mangeant un morceau. Je discute un peu avec eux, surtout sur les possibilités de descente. Je vais tirer vers le Sud pour contourner le sommet et retomber sur le Col de Roure. Je trouve ma trace aisément dans un ravin et me retrouve au col. Je contourne le Mont du Roure pour remonter aussi sec au Pas du Cialancioun (2910m). Le pierrier est instable, en dévers mais je me retrouve au pied de la Tête de Cialancioun assez rapidement. Partout au sol des grenats : sont-ce des éclogites ? Probablement. Les 100mD+ sont vite avalés en crête, sans problème. Les nuages s’épaississent. Il fait frais, mais la vue est encore panoramique. Tout le vallon de Mary, celui de Chiappera, les Aiguilles du Chambeyron. 3 petits tétons, une vièrge sur le sommet principal d’où je me dirige vers le Col de Traverse (2668m) pour faire la Tête de Cialancioun en traversée. C’est un hors sentier un peu acrobatique car les pierres roulent sous les pieds, mais ne étant prudent, ça passe. J’aperçois 2 lagopèdes s’enfuyant à mon approche. Borne frontière n°56. Je contourne un mamelon et arrive au Col de Mary (2641m) avec sa boite aux lettres. Il caille, les nuages sont bien gris et semblent menaçant. S’il pleut, je peux soit redescendre par le vallon de Mary ou poursuivre par les Lacs de Marinet. Peu de différence. Je tente le coup des Marinet. Même si le soleil n’est pas au rendez-vous, j’aime bien ce passage. Je suis la crête et arrive au Col de Marinet (2787m). Il fait frais, de gros nuages arrivent d’Italie, les Aiguilles du Chambeyron se noircissent mais les jeux de couleurs sont assez sympa sur la Maniglia et Cialancioun.

Mont de Maniglia et Tête de Cialancioun

Je ne perds pas trop de temps et plonge dans le vallon, à la rencontre des Lacs de Marinet. Le sentier longe la crête de Roche Noire en contre-haut du fond du torrent descendant directement des glaciers du Chambeyron. Superbe vue. Dès que je suis en vue du plus grand des lacs de Marinet, le lac bleu, je m’arrête manger un morceau, d’autant plus que je suis au soleil maintenant. Un nuage assombrit partiellement et occasionnellement l’Aiguille Large : spectacle intéressant visuellement. Je monte ensuite sur le promontoire du bivouac de Marinet. De là, j’ai les 2 lacs en visuel, l’un vert, l’autre bleu, tous 2 dominés par l’Aiguille Large et en toile de fond les 1ers sommets du Queyras. Je passe ensuite visiter le bivouac, une maisonnette sommaire mais qui permet de passer la nuit à l’abri. Direction le fond du vallon pour longer le torrent au plus près. Une eau limpide issue des glaciers et un paysage morainique jusqu’à rejoindre le lac vert de Marinet. Il y a de nombreux groupes aux bords du lac. Que fais-je ? Rentrer ou continuer encore un peu ? Mais par où ? Idéalement, j’aurai bien aimé monter en bonus à l’Aiguille Large, mais le temps menaçant des dernières heures n’est peut-être pas favorable. En direction d’où venaient les nuages, léger mieux. Cela fait quelques minutes que les nuages me laissent tranquille. Je vais au moins monter un peu, tenter de voir les lacs supérieurs de Marinet… Je quitte alors la foule et monte en travers au-dessus du lac vert. Très rapidement, je rejoins une sente et en très peu de temps, je suis au Col Large (2760m). La vue est à couper le souffle sur le cirque des Lacs de Roure, sur le Vallon de Mary et celui de Marinet. Quel chemin parcouru depuis ce matin ! Il me reste à peine 100mD+ à gravir pour être au sommet de l’Aiguille Large (2857m). J’y monte ! Il me faut quelques minutes. Au final, les jambes répondent encore bien, je tiens bon rythme sur la sente et les pierres de gneiss. Au sommet, il y a peu de place et un splendide à-pic sur le vallon de Mary. J’aperçois même Maljasset et le Rubren. J’ai aussi une vue plongeante sur l’Aiguille Pierre André, la Gélinasse et le Peigne. Les Aiguilles du Chambeyron sont splendides, le glacier est bien visible, tout comme les petits lacs supérieurs. Ce secteur est très sauvage et reculé. Je suis aux anges : 3 sommets dans la journée et une belle boucle en perspective puisque je vais redescendre par la voie d’accès à l’Aiguille Pierre André. Au Col Large, je me dirige vers les Aiguilles et me retrouve rapidement sous l’Aiguille Pierre André, majestueuse. ET toujours ce contraste de roches : des schistes verts d’un côté et du gneiss massif de l’autre. Je descends à la vitesse de l’éclair les 1000 lacets et me retrouve le long du torrent de Mary. La boucle est bouclée ! Ne me reste plus qu’à rentrer à Maljasset, une formalité et sous le soleil s’il vous plait. Au final, le temps aura tenu malgré un petit doute à un moment de la journée, me faisant craindre le pire. J’ai pu mener à bien mon idée de départ, à savoir faire les 3 sommets que sont le Mont de Maniglia par la cheminée, la traversée de la Tête de Cialancioun d’est en ouest et remonter au sommet de l’Aiguille Large. Une boucle de 26km et 2200mD+ parcourue en 8h à peine ! Une variété de paysage, des coins sauvages, du rocher. Une randonnée monstrueuse que je ponctue par une Sauvage au refuge de Maljasset, histoire de me donner du courage pour la route…

Tag(s) : #Rando Alpes
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :