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Tour de la Tête de Moïse

Mardi 18 aout 2015 – le réveil est encore bien frais, si bien que je ne veux pas sortir de la chaleur du duvet. Je dois bien me faire une raison et finalement, en mettant le nez dehors, il y a déjà quelques nuages laiteux dans le ciel. La journée ne sera peut-être pas si belle. Je décide donc, au dernier moment, le thé encore fumant de ne pas m’élancer vers la Tête de Malacoste, mais de partir du Col de Larche, vers les Lacs de l’Orrenaye et de Roburent, sans idée de balade. Je verrais selon le temps et la motivation sur le moment. Le vent souffle sur le petit espace parking sous le Col de Larche, à 1948m. Je m’élance donc rapidement pour me chauffer le plus vite possible dans la montée le long du Torrent de l’Orrenaye. Je suis les traces du GR de pays et prends rapidement de la hauteur, ce qui me donne l’occasion d’admirer le Vallon du Lauzanier et la Tête de l’Enchastraye. Au plus proche de l’enclavement entre la Tête des Blaves et le Bec du Lièvre, le sentier serpente entre les blocs. Au lieu de couper au 1er sentier sur la droite vers le Col de Roburent, je poursuis jusqu’au carrefour entre les 2 vallons perpendiculaires au torrent de l’Orrenaye. Là, je me dirige vers le col de Roburent (2502m). Je suis complètement seul à marcher à cette heure bien matinale et ne croise que quelques marmottes bien surprises de me voir sur leur terrain de jeu. A l’altitude de 2411m, au fond d’une vaste dépression marécageuse, se trouve le joli lac de l’Orrenaye, d’un bleu profond. 2 personnes ayant bivouaquées ici prennent le petit dej’ sous les 1ers rayons du soleil. Une fois dépassé le lac, je peux profiter d’un beau reflet de la Tête des Blaves dans le lac.

Tour de la Tête de Moïse

Au col, 2 bornes frontières (n°64 et 63). La vue sur la Tête de Moïse (3104m) est magnifique ! On voit très bien les couloirs permettant son ascension. Au loin, 3 sommets magnifiques : la Meyna, le Brec de Chambeyron et Sautron. Je pousse jusqu’à apercevoir les Lacs de Roburent, versant italien, une centaine de mètres D- plus bas. Mouais, le vallon y menant ne me plait pas plus que ça. Et si je montais jusqu’au Col de Feuillas (2749m), entre la Tête de Moïse et le sommet éponyme au col. Je verrais alors le versant italien de Moïse et si le temps n’est pas trop bouché, pourquoi ne pas me lancer dans une boucle faisant le tour par l’Italie… A voir une fois là-haut. Je coupe un peu le détour du GR de pays et le retrouve dans un chaos rocheux assez important. Il faut être vigilent pour suivre les cairns jusqu’au col, car plus de sente dans ces éboulis très grossiers. Je perds finalement la trace et me résous à monter en visant le col. Heureusement, la visibilité est bonne. Ce chaos est impressionnant : toutes les roches des sommets pourris de Moïse et de Feuillas. Le col n’est en fait qu’une étroite brèche située sous le Mont Feuillas ; le reste n’est qu’une arête effilée et j’arrive du mauvais côté. Je vise le passage et arrive au col, les nuages venant buter sur la Tête de Moïse, en venant de la Vallée d’Enchiausa, côté italien.

Tour de la Tête de Moïse

Les premiers mètres de la descente sont très exposés, à l’image des parois verticales des sommets alentours. Je suis prudent sur la sente glissante : pas le droit à l’erreur, sous peine de glisser bas… Heureusement, ce passage est de courte durée, jusqu’à atteindre un bivouac, en fait une ancienne casemate restaurée. Je file ensuite rapidement vers le fond de la vallée où je croise un trekkeur, d’origine bretonne, il réalise le tour du Chambeyron depuis Maljasset. Je le renseigne sur la présence d’eau sur le parcours de son étape et sur les possibilités de bivouac. On parle aussi un peu des lieux que nous trouvons splendides. Le sentier descend encore longtemps mais je remonte en direction du Col d’Enchiausa, quelques vaches m’attendent à la bifurcation des sentiers. Le col est donné en 1h20, il m’en faudra 1h. Et très rapidement, on devine le col, qui se dessine entre la Tête de Moïse et le Bric Moulinière. J’aperçois au loin 4 personnes : mon objectif, les dépasser avant le col. Je force l’allure et l’écart se réduit surtout quand mes prédécesseurs amorcent des pentes plus raides où, plus léger et mieux entrainé, je les rattrape et dépose rapidement. Ils effectuent le tour du Piémont italien, en 1 semaine. Les derniers mètres du Col d’Enchiausa (2735m) sont très raides sur une sente glissante sableuse. Il y souffle un vent frais et il fait à présent tout gris. Je ne m’attarde pas trop longtemps pour ne pas prendre froid.

Tour de la Tête de Moïse

La descente est superbe, dans une moraine : plein de blocs à contourner. Petit à petit, je me rapproche du soleil et surtout, j’aperçois le Lac d’Apsoi (2295m), d’un bleu presque turquoise. Et face à moi, la Tête de Sautron, massive, puis toutes les aiguilles de l’Orrenaye, terminées par la Tête de Villadel. C’est au nord de celle-ci que je vais rentrer en France (borne frontière n°61). Un régal de courir sur ces sentiers de haute montagne et dans ce cadre sublime. Le bivouac Bonelli occupe les bords du lac : je ne m’y arrête pas, 2 randonneurs y sont déjà. Je mange un peu plus loin, en amorçant la remontée vers le col suivant : le Col des Monges (2542m). Dès que je passe un ressaut, j’aperçois le Col des Monges (Colle delle Munie), dans le prolongement de l’arête Nord de la Tête de Villadel. Je m’écarte quelques instants du sentier pour aller admirer le Lac de Munie, encerclé de vaches. Une source captée par un tuyau lâche un mince filet d’eau. Je peux retracer tout le chemin parcouru depuis le Col d’Enchiausa. Je pense que j’aurai une bonne distance dans les jambes ce soir. Toujours sur un bon rythme, je rejoins le col où une famille est arrêtée, contemplative du paysage, notamment sur la Meyna, Sautron et Rocca Bianca. Un temps espéré, je ne peux pas rejoindre la Tête de Villadel par l’arrête. Il fallait passer par le Col du Bœuf. Tant pis. Il reste encore de la distance avant de rentrer et un 5ème col, le Col de la Gipière de l’Orrenaye (2482m), qui me fera basculer côté Col de Larche. Je coupe par le lac asséché de la Montagnette où se trouve une grotte. Le panorama est splendide depuis le col, depuis Viraysse jusqu’à Rocca Bianca en passant par le Brec de Chambeyron, et surtout, je revois la Tête de Moïse. Là, le sentier est de nouveau facile jusqu’en bas. Je croise à nouveau mon ami trekker. Il avance doucement et tarde d’arriver au torrent de Rouchouse pour poser son bivouac, là où il y aura de l’eau. Dans la descente, je dépasse de nombreuses familles et couples, randonneurs d’un jour. Très bonne journée, longue d’environ 22km pour 1800mD+ (7h30). Un beau tour de la Tête de Moïse, pour une journée où je n’avais même pas imaginé faire cette boucle. Comme quoi, parfois, il suffit de se lancer et les sentiers se tracent tout seul. Je rentre directement au camping pour ce qui sera ma dernière nuit : une dernière journée encore. Je commence à ranger les affaires dans le coffre pour en avoir le moins possible à faire le matin. Le temps aura tenu toute la journée, mais la fraicheur tombe vite. Il pleuvra même durant la nuit, me surprenant même. Quel temps fera-t-il au réveil ?

Tag(s) : #Rando Alpes
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