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Roche Grande (2752m)

Samedi 08 aout 2015 – agréable réveil sur la commune d’Entraunes après une douce nuit le long du fleuve Var qui n’est ici qu’un torrent de rivière. La nuit a été claire et nous a permis d’observer les étoiles et la Voie Lactée grâce à la pureté du ciel, agrémenté de nombreux passage d’étoiles filantes. Le jour est à peine levé mais nous sommes déjà sur le pied de guerre. La météo annonce des orages dès le milieu de journée : il nous faut donc partir tôt pour profiter du beau temps qui s’annonce. Pas un nuage, pas de rosée matinale. Nous nous préparons, enjoués de la course du jour, vers Roche Grande (2752m), l’un des sommets emblématiques et très esthétique du Haut Var : un sphinx surmontant un magnifique cirque rocheux. Cela fait déjà quelques temps que cette montagne nous attire. L’occasion est trop belle en ce mois d’aout que nous saisissons cette chance. D’Entraunes, charmant petit village de la vallée, typiquement montagnard à l’entrée du Parc du Mercantour, nous rejoignons le hameau d’Estenc aux sources du Var pour débuter la rando. Nous contournons le hameau par le Nord et prenons un peu d’altitude avant d’entrer dans la forêt de mélèzes. La montée débute réellement après avoir franchis le torrent du Vallon de l’Estrop : 2 longues traversées dans les pierres calcaires des barres du Devens d’Estenc. Le sentier est taillé dans les éboulis et monte en dévers. Après une épingle, nous nous dirigeons vers le torrent pour déboucher dans la partie basse du vallon de l’Estrop après avoir franchis le pas éponyme. Nous progressons encore quelques minutes dans la forêt. Lorsque nous en sortons, le soleil passe juste au-dessus des barres de la Montagne de l’Estrop. C’est à ce moment que nous quittons le sentier principal et le Vallon de l’Estrop pour une sente raide et mal marquée se dirigeant vers Roche Grande. Nous prenons rapidement de l’altitude, ce qui nous permet d’admirer le paysage : Gorgias et la Pointe du Génépi, le vallon de l’Estrop dans sa partie haute (l’Entonnoir et les sagnes sous le Col de Gialorgues), mais aussi sur les sommets en contre-haut de la vallée du Var (Montagne de l’Avalanche, les Garrets, Trou de l’Aigle). Le soleil matinal donne une très belle lumière sur les sommets et la végétation qui les recouvre. Les marmottes hurlent et se terrent dans leurs terriers à notre approche.

Roche Grande (2752m)

Plus nous prenons de la hauteur en direction du passage permettant d’acceder à la combe de Roche Grande, plus les sommets sont nombreux et le panorama exceptionnel. C’est d’abord le Col de Gialorgues et les sommets de Bolofré, de Pal et de l’Escaillon. Puis c’est tout le plateau d’Estenc et le Col de la Cayolle, dominé par la Tête de la Gipière. Magnifique vue ! J’en prends plein les yeux. Entre les 2 barres permettant d’accéder à la combe, un petit coin de verdure : nous retrouvons des mélèzes ainsi qu’une belle pelouse. Hélas, ici les mélèzes sont malades, attaqués par des chenilles qui vrillent leurs épines, les rendant rousses précocement, les vouant à une chute prématurée. Puis, vers 2350m d’altitude, alors que nous semblons arriver sur un replat, c’est la révélation ! Au loin, derrière un immense cirque fermé par 2 crêtes rocheuses, un lion, que dis-je ? le sphinx est là, posé, à observer vers l’Est et une petite grenouille située en contre-bas. Magnifique. Quelle montagne !

Roche Grande (2752m)

Avant de rejoindre les crêtes de Chateauvieux, nous traversons une zone modelée par la tectonique : les Cavernes, comme le mentionne la carte IGN. Il y a de nombreuses failles globalement orientées Est-Ouest, mais aussi des affaissements de butes. Une fois en crêtes, la vue sur la vallée du Var est slpendide : Entraunes et le terrain sont alors visibles. Les Aiguilles de Pelens dolomitiques magnifique. Le Caïras et la Fréma ; la Tête de l’Avalanche, les Tour du Lac d’Allos, Garrets, Pelat, Cimet, Trou de l’Aigle, Gipière, Fort Carra et la Pointe de Côte de l’Ane. C’est superbe. Nous avons une très belle vue sur le chemin restant à parcourir avant le sommet de Roche Grande via le sommet de Châteauvieux (2635m). Une harde de bouquetins se tient à l’ombre sous les barres et nous jaugent du regard avant de prendre lentement le large. Plus bas, nous verrons une file de chamois remonter une croupe. La montée au sommet de Châteauvieux est bien raide, directement dans la pente en suivant une ravine. Une fois arrivé, il ne reste alors qu’une petite redescente et à suivre a crête pour gravir le ressaut sommital. Passage esthétique avec le sous-bassement en marne noire taillant d’immenses ravines. Puis posé dessus, un empilement de calcaire et de grès formant de jolis bancs. Les grès sont facilement identifiables ici, en crête et forme un bel enchainement de blocs posés les uns à côté des autres. Le versant Sud est très à-pic et entaillé de belles ravines, alors que le versant par lequel nous arrivons est juste composé d’une belle combe circulaire fermée de part et d’autres par des barres rocheuses : beau contraste.

Roche Grande (2752m)

Passage d’un petit col (par lequel nous redescendrons) avant le ressaut sommital : en fait des barres à remonter en serpentant une fois à droite, une fois à gauche. Il faut parfois mettre les mains pour franchir un ressaut un peu plus important. J’arrive le 1er sous le dernier rempart défendant le sommet. Là, il faudra franchement mettre les mains pour se tenir debout sur la tête de lion. Les blocs semblent instables et en équilibre précaire. Prudence est de mise. Quel panorama s’offre à nous ! Tous les sommets du secteur sont reconnaissables. Les Cimes de Pal et de Bolofre, Escaillon, la Boullière dans l’alignement Est de Roche Grande ; Sanguinerette, Sanguinière, Trou de l’Ane et ses sommets acérés, le St-Honorat duquel remonte la belle vallée du Var jusqu’à Estenc puis le Col de la Cayolle. Nous pouvons même apercevoir la Grande Séolane. Je frôle la correctionnelle en me déplaçant maladroitement entre les blocs au sommet. Je pose le pied sur un bloc qui glisse. Je tombe alors sur les fesses mais le bloc que j’ai fait partir entraine un mégabloc qui tombe d’une bonne hauteur dans un bruit assourdissant. Fort heureusement, mon second pied était bien stable ! Mais qu’en aurait-il était si le bloc de mon pied gauche était lui aussi instable ?! Frayeur que je tente de minimiser, pour ne pas paniquer mes amis, mais je me suis fait très TRES peur cette fois-ci. On ne m’y reprendra plus, c’est promis. Nous désecaladons le piton sommital et contournons ensuite le sommet pour nous retrouver entre les 3 rognons sommitaux où nous allons manger un bout tout en profitant des lieux et du paysage. Le Vallon de l’Estrop est magnifique, fermé par le Col de Gialorgues et la belle crête de la Montagne de l’Estrop. Les sommets de la Haute Tinée sont bien dégagés (Ténibre, Grand Cimon, Corborant) ; l’Argentera et le Mounier également. Nous pouvons aussi nous rendre compte que les parties sommitales sont juste composées de blocs posés et à la stabilité incertaine… Quelques nuages commencent à se former sur l’Ubaye. Tinée et vallée du Var sont pour l’heure épargnées mais ne jouons pas à rester trop longtemps à flâner. Nous décidons d’amorcer le retour pour ne pas se faire surprendre. Les nuages donnent ainsi un peu de profondeur aux photos.

Roche Grande (2752m)

De retour au petit col sous le sommet de Roche Grande, nous descendons en direction du fond de la combe en traversant un pierrier dans lequel une étroite sente semble se dessiner. Nous retrouvons l’herbe et la sente en bas de la combe et nous dirigeons en bordure de la combe pour la dépasser par le haut et ainsi passer au plus près des failles agrandies par les glaciers. Derrière nous, Roche Grande et sa tête de lion nous observe bien tranquillement. Quelle vue. Nous traversons à nouveau la zone faillée, un vautour fauve volant au-dessus de nous et retombons sur la trace suivie lors de la montée, quelques edelweiss au sol. Les nuages sont de plus en plus noirs, surtout sur Côte de l’Ane. Nous décidons de presser le pas alors qu’un 1er coup de tonnerre résonne au loin. Cette fois, nous allons surement finir mouillés… Nous traçons et arrivons avec les 1ères gouttes dans le Vallon de l’Estrop. Heureusement, nous sommes proches des arbres et l’effet est atténué. C’est une fois à proximité du torrent de l’Estrop que la pluie devient forte, nous obligeant à enfiler sur-sac et vestes imperméables. Heureusement, nous sommes proches de la fin. Une grosse averse nous cueille à l’entrée d’Estenc, nous obligeant à nous abriter sous le porche d’une ferme. Conscients que nous ne pouvons pas attendre trop longtemps, nous profitons d’une petite accalmie pour poursuivre la descente. Contraints à une nouvelle pause à moins de 200m du parking, sous les mélèzes cette fois. Des grêlons tombent. Nous nous précipitons, presque mouillés sous le porche d’une autre ferme. Là, c’est le déluge, grêle, vent et pluie forte. Nous serons un peu éclaboussés mais assez bien abrités. Nous commençons aussi à avoir un peu froid, immobiles. Les cieux semblent déchainer et ne pas vouloir s’arrêter. Les grêlons s’accumulent et des torrents de billes blanches passent devant nous. La route est inondée et un torrent d’eau s’y écoule. Après presque ¾ d’heures d’attente, nous décidons de profiter de la plus petite accalmie pour renter à la voiture. L’orage a cessé, il fait un peu plus clair et nous arrivons au parking d’Estenc en traversant une route innondée, les pieds trempés. La route de la Cayolle a subit les mêmes intempéries. Il ne devait pas faire bon être pris à plus de 2300m durant cet orage ! Le ciel s’obscurcit à l’approche d’Entraunes. Nous décidons de plier les tentes pour ne pas finir inonder. Ce soir nous dormirons sous la caravane. A peine 3min plus tard, le déluge s’abat sur Entraunes. Il va durer 2h pleines, comme fixé au-dessus de nos têtes. Les cimes sont prises dans le brouillard. A la fin de l’orage, nous profitons du retour d’un ciel calme pour faire sécher un peu les affaires trempées. Nous sommes pessimistes sur nos chances de parvenir à monter à Fort Carra dimanche, compte-tenu de la météo : averses et orages vont se succéder toute la journée après une nuit calme. Nous verrons bien au réveil sur la suite à donner. En tout cas, nous nous endormons ravis après cette belle aventure vers Roche Grande : une très belle montagne, dans un cadre très esthétique. Nous aurons parcouru environ 13km pour 1000mD+.

Tag(s) : #Rando Alpes
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