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CR Grand Raid du Queyras 2015

Samedi 27juin 2015 – Levé 4h du matin, petit dej’ et direction le centre de Guillestre à 4h45 pour prendre la navette vers Abriès (1550m), lieu de départ du raid du Queyras cette année. A ma grande surprise, il ne fait pas froid, environ 14°C à Guillestre et à peine moins à Abriès. Je m’isole pour finir de me préparer alors que le jour commence à se lever. Je trottine un peu et mange un morceau. Pointage et on patiente 5min dans le sas avec les dernières recommandations, quand à 6h pétante, les 100 concurrents sont lancés ! Je me place rapidement dans les premières positions du peloton sur les hauteurs d’Abriès, lorsque nous récupérons le sentier du GR58. S’en suit une montée très agréable sur le GR. J’aperçois les 5 premiers. Je suis avec quelques gars en second rideau, dans les 10 premiers. Nous passons devant une chapelle, les granges du Malrif. Quelques torrents passent sous nos pieds. Puis, après avoir franchi une passerelle sur le Torrent de Malrif, (vers 2000m d’altitude), nous attaquons les choses sérieuses, le verrou permettant de découvrir le Grand Lac Laus (2579m). J’arrive au Grand Lac Laus en à peine 1h30, temps nécessaire pour avaler les 1000mD+ depuis le départ et les 8 premiers km de ce Grand Raid. Belle récompense ! Il est magnifique, entouré de sommets flirtant avec les 3000m (Pic Malrif – 2906m ; Petit Rochebrune – 3078m). Petite photo et pas le temps de badiner que le sentier monte encore un peu jusqu’au lac suivant : le Lac Mézan (2675m). Plus petit, tout aussi beau. Place à 1000mD- et 7km pour arriver au 1er ravito du parcours à Aiguilles (km16).

CR Grand Raid du Queyras 2015

Nous longeons un court instant la Crête du Serre de l’Aigle et basculons franchement dans la descente : pas de difficulté, de nombreux petits lacets dans les alpages. J’essaye de ne pas trop y aller fort, de courir relâché tout en veillant à ne pas se faire mal aux articulations et muscles, car le chemin ramenant à Guillestre est encore long. Je dépasse le petit oratoire des Eygliers et arrive au ravitaillement d’Aiguilles après 50min de descente : bon rythme. J’ai un peu les jambes qui tremblent en remplissant les bidons et en mangeant un peu. 3min à peine et je repars. Nous traversons le village et passons sur le Guil. Nous suivons quelques hectomètres une piste revetue et la quittons au niveau d’une chapelle. Là, la pente se corse : 200mD+ à avaler, en sous-bois. La suit est une longue monotrace en sous-bois, sans réelle difficulté. Il faut juste gérer et courir un peu, tenir un bon rythme de progression et se ménager quelques minutes de repos quand la pente est un peu plus forte. Du coup, comme souvent face à ce type de sentier, je coince un peu car je ne parviens pas à tenir un rythme constant quand c’est plat. C’est ensuite une succession de petites montées et courtes descentes en traversant le Hameau des Prats Hauts et Gaudissart. Nous sortons alors de la forêt et sommes au-dessus de Molines-en-Queyras : une large vallée s’ouvre, vers le Col Agnel. La Montagne de Beauregard nous masque encore la vue sur le plus haut village d’Europe : Saint-Véran (2050m) où nous aurons droit au 2ème ravitaillement sur le parcours. C’est après Pierre-Grosse que nous attend une autre petite bosse. Là, je gère bien et bascule sur le haut de St-Véran pour rejoindre le ravitaillement sur le bas du village. Très belle traversée de ce village pittoresque avec quelques touristes admiratifs. Je suis bien content d’arriver au ravitaillement, en 4h15. Il est déjà 10h passé et il commence à faire chaud.

CR Grand Raid du Queyras 2015

La suite sera donc difficile avec cette chaleur, à commencer par la montée vers le Col d’Estronques qui se profile : 5km et 800mD+. Et, durant toute l’arrivée sur St-Véran, en tournant la tête vers l’Ouest (la droite), un col semble se dessiner, entre 2 barres rocheuses : c’est le Col d’Estronques. La montée se passe bien, en marchant. C’est trop pentu pour courir et surtout, je ne peux pas aller plus vite. Je garde quand même un rythme élevé durant la montée, en trottinant dès que possible. Nos prenons assez vite de l’altitude en rive gauche du Rif de Lamaron, preuve que la distance menant au col est faible et que la pente est raide. Je suis au col (2651m) en 1h10, plus 10min pour descendre au point bas sous St-Véran. Ça va : bon rythme encore. La vue au col est splendide : derrière nous, St-Véran, toute la vallée et devant nous la Vallée du Cristillan qui arrose Ceillac, le Pic de la Font Sancte, le Pic Heuvières et la Pointe de la Saume. Et dire que le Pas du Curé et le Col de la Collette Verte sont juste sous la Pointe de la Saume… Encore si loin !

CR Grand Raid du Queyras 2015

Une descente vertigineuse le long du GR58. Je verrais donc rapidement Ceillac. Au fil de la descente, la température monte, la vallée est surchauffée et commence à me toucher. Je bois beaucoup, plus que depuis le départ. Et veille à manger régulièrement, comme depuis le matin. Ce n’est pas l’ombre offerte par les quelques mélèzes qui nous permet de nous rafraichir malheureusement. Après une 1ère partie de descente très raide où je suis bien à l’aise, la pente s’adoucit et le sentier s’élargit pour finir sur une piste, moins agréable. Nous dépassons 2 petits hameaux quand enfin Ceillac (1645m) approche, non sans un dernier obstacle : un troupeau de moutons, mené par un berger et ses chiens se trouve sur la piste. Qu’importe, il faut avancer et nous traversons dans le troupeau qui soulève un nuage de poussière peu commode. C’est sur cette même piste qu’un petit panneau « arrivée 25km » me fait enfin penser à franchir la ligne d’arrivée à Guillestre. Je m’étais fixé le cap de Ceillac pour faire l’état des lieux sur la machine. Et tous les signaux semblent encore au vert. Il fait chaud. J’ai 38km dans les jambes et couvert un peu plus de 2500mD+ en à peine 6h30. Il fallait surtout ne pas passer à Ceillac archi cuit, sous peine de vivre un cauchemar durant la dernière ascension, car elle a de quoi effrayer les plus téméraires. Je sais qu’elle sera dure, mais j’ai encore la tête et les jambes pour m’y lancer, et c’est tant mieux.

CR Grand Raid du Queyras 2015

Je prends quelques longues minutes au ravitaillement : bien manger, bien boire. Il reste 2km en légère montée avant le pied du col. Il faut mettre à profit ce temps pour se régénérer, récupérer et surtout ne pas puiser dans les réserves. Je repars au moment où la 1ère féminine arrive dans l’aire de ravitaillement. Nous traversons la route du Mélezet pour rejoindre le GR5 en contre-haut de la route. J’avance sur un bon rythme malgré la chaleur étouffante ; je bois et m’invective en arrivant au pied de la dernière difficulté (en montée, car je considère la dernière descente comme une autre difficulté). Je connais la 1ère partie de l’ascension vers le Lac Miroir (2214m), soit environ 500mD+. Rapidement, je suis dans le dur ! Comme scotché au sol. Je ne parviens pas à cadencer mon pas avec les bâtons. Je souffle, respire fort, bois… mais rien n’y fait, l’altitude ne monte pas à l’altimètre. Pas d’ombre, il fait chaud, je me fais dépasser 2 fois dont par la 1ère féminine. Dans la tête, je ne suis pas loin de flancher. D’autant que j’attends avec impatience le torrent du Pissé : un peu d’eau pour se rafraichir. J’entends l’eau, mais toujours rien en vue. J’ai faim et à la passerelle, je m’arrête manger un morceau.

CR Grand Raid du Queyras 2015

Ouf ! J’ai enfin atteint le Lac Miroir (2214m). J’ai l’impression d’avoir mis mille ans ! En fait, 1h30 s’est écoulée depuis que j’ai quitté Ceillac. Le lac est splendide, dominé par le Pic Heuvièrs et le Pic de la Font Sancte derrière. Je devine le Pas du Curé, 800mD+ au-dessus du lac, alors que le Pic de la Saume se reflète dans le lac ! Le chemin est encore long. J’ai l’impression d’avoir tellement de mal que je n’ose estimer le temps d’ascension. J’ai même oublié mes temps de passage pour jauger de mon avancée : fatigue quand tu nous tiens… Nous arrivons à un joli petit replat 40mD+ au-dessus du Lac Miroir, dans une belle prairie d’altitude. Puis démarre ensuite l’interminable ascension vers le Pas du Curé (2783m). Je souffre de l’altitude, avance toujours aussi peu (enfin c’est l’impression que j’ai). Le terrain devient difficile, un pierrier dans la Combe du Curé, sous le Pic de la Saume. Un névé à franchir, je dérape plusieurs fois et ressens le besoin de m’arrêter, reprendre mon souffle, manger un morceau. Je dois m’arrêter au moins 2 fois, mais au moins, le col se rapproche, lentement mais surement. Juste avant le col, nous devons mettre un peu les mains, mais pas de réelle difficulté. Enfin le col ! 1ère récompense. Reste à peine 150mD+ et c’est la bascule. Quelle vue sur le Lac Miroir, déjà si loin et le Vallon des Pelouses. La fin d’ascension se déroule en crête, splendide passage. En se retournant, le Pic de la Saume domine le Pas du Curé. Puis, derrière un petit ressaut, j’aperçois 3 concurrents donc la 1ère femme au Col de la Colette Verte (2909m). J’y suis presque ! Il m’aura fallu 1h15 entre le point culminant de la course et le Lac Miroir (800mD+), il m’en aura paru une éternité. Je profite quelques instants du paysage sur la Font de Sancte et les barres des Veyres.

CR Grand Raid du Queyras 2015

Un régal, je savoure. Je sais à présent qu’en étant vigilent, je vais rallier l’arrivée… environ 15km et surtout 1900mD- plus loin. Je suis encore alerte, les jambes pas trop lourdes. Je laisse les autres concurents sur place et me lance dans la descente. Je file comme un cabri dans les parties les plus raides du Vallon Claus. Les pierres roulent sous les peids, les mètres défilent, un petit lac presque asséché et une nouvelle rampe. Un baliseur nous avertit d’un passage en dévers : je ne ralentis pas, emporté par mon élan et la perspective de l’arrivée. Un mec dépassé, perclus de crampes sur le bord du sentier. Dernier passage technique : la course est « neutralisée » au niveau du passage des mains courantes donnant sur la vallée du Rif de Bel. Ce sont en fait des marches plus ou moins irrégulières taillées dans le rocher. Ça passe bien, mais avec la fatigue et les kilomètres, les organisateurs ont préféré nous voir passer en marchant, afin d’assurer notre sécurité. Je fais attention mais ces passages sont faciles pour moi. Le mec devant, que je rattrape est plus à la peine. Je le double alors que nous débouchons dans la vallée, 2km avant le ravitaillement de Basse Rua (km53). Je ressens à nouveau la chaleur. Il faut dire que maintenant, nous sommes assez bas : moins de 1800m. La pente s’est adoucies, nous sommes sur une piste : je vais souffrir ! Et en effet, arriver à Basse Rua est long. Je fais le plein d’eau et mange pas mal pour arriver à boucler le trail : il reste 7km à peu près. Nous sommes 3 ensembles nous allons batailler pour la 11ème ou la 10ème place. Les bénévoles nous disent que la fin est sur la piste ! Shit, je peste, c’est un terrain défavorable, d’autant que la pente ne permet pas de vraiment dérouler pour courir. Il faut s’employer. Tant pis, je suis décidé à faire le maximum.

CR Grand Raid du Queyras 2015

Mais rapidement, je sature. Cette fois, c’est fini, je n’ai plus d’essence dans le moteur. Les jambes sont lourdes, impossible de trottiner longtemps sans m’arrêter. Avec le recul, je pense que je manque de carburant : début de fringale. Avec la chaleur, j’ai négligé l’alimentation, car j’ai été pris 2 fois de haut le cœur en mangeant solide. Ou alors c’est la fatigue : j’ai beaucoup tiré sur la machine et le corps sature. Je vois l’un des mecs me dépasser et dois me résoudre à le laisser filer. Je regarde dans le rétroviseur, personne. Puis de nouveau un passage un peu plus pentu. Là, je le rattrape car il est moins à l’aise que moins dans ces passages alors qu’il vole sur le plat (moi l’inverse). Mais malgré tout, il repasse devant. Je suis écrasé par la chaleur et la fatigue. Il est temps que ça se termine, je suis à bout de souffle. Même la perspective des 1ères habitations sur les hauts de Guillestre ne me redonne pas d’allant. Les 2 gars qui m’ont dépassé dans la Combe me redoublent alors que je les avais distancés en début de descente. Si je compte bien, 14 ou 15ème. Je suis à la lutte et quand je me retourne, j’aperçois un t-shirt bleu. Zut, pas de répit. Heureusement, le dernier kilomètre est en franche descente. Je peux sauver ma place. J’échoue à une belle 15ème place, en 11h06’. Des frissons s’emparent de moi quand je franchis la ligne d’arrivée ! Heureux, mais fatigué. Il me faudra de longues minutes pour me remettre. Je suis une nouvelle fois allé au bout de moi-même. Bilan : un trail énorme, monumental, splendide, qui nous fait traverser une variété de paysages exceptionnels dans le Parc du Queyras. Et surtout, un trail difficile. Plus que prévu. Les premiers étaient attendus en 6h30, il mettra 8h01, 50min de mieux que le second. Normal que je ne passe pas sous les 10h de course. Mais là n’est pas l’essentiel. Le classement et le temps sont accessoires. Ce que je retiens c’est une nouvelle très belle journée en montagne, où je me suis dépassé. Des bénévoles sympa, une organisation au top, de bons moments de partage avec les autres coureurs. Bref, un trail qui va compter et qui mérite d’être connu. Place à la récup : douche, massage, repas et dodo. A 19h, je quitte l’aire d’arrivée, seuls 40 concurrents en ont fini avec le trail. Reste 2h avant la barrière horaire. Ce trail aura fait des dégâts sur les engagés.

Tag(s) : #Rando'Trail
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