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Pas de Mongioia (3085m)

Dimanche 5 avril 2015 – Levé 6h30, les idées encore un peu dans les brumes après une courte nuit, perturbée par la fraicheur ambiante et un lit assez peu confortable. Nous mangeons bien, pour se tenir sur le départ à 7h30, sous quelques petits flocons de neige qui virvoltent dans les airs. Une fine pellicule de neige semble être tombée sur les sommets alentours. Il ne fait pas trop froid et nous nous mettons rapidement en marche, le sac bien lesté des crampons, piolet et raquettes accrochées au sac. J’aime même une cordre. Nous sommes prêts à affronter la rando vers le Bric de Rubren (3340m), l’un des sommets les plus hauts des Alpes du Sud. La rando est monumentale, avec près de 25km prévu et 1500mD+… A en donner le tournis à plus d’uns. Il est à peine 8h et nous quittons le refuge en direction du Hameau de Maurin, situé derrière Maljasset : nous sommes sur le GR de pays. Nous remontons sur un petit rythme le cours de l’Ubaye et dépassons le hameau de Brémond. Le sentier est large et complètement gelé. Plus nous nous enfonçons vers l’Est, plus la glace et même quelques névés sont présents sur les bords du chemin. Le fin saupoudrage donne des allures irréelles au paysage et aux sommets : on devine les strates des roches avec ce petit plaquage de sucre glace, notamment sur l’avancée rocheuse du Peouvou (3232m). Après avoir dépassés une première cabane, nous débouchons dans un immense cone de déjection d’un torrent descendant directement du Longet et du Peouvou : nous sommes au niveau de Plan Parouart. La grissaille et le gêle donne un superbe contraste avec les derniers arbres encore présents à cette altitude (2052m). Bien que nous avancons, le profil reste en très légère montée.

Pas de Mongioia (3085m)

Sous couvert d’une petite forêt, nous traversons une passerelle sur la Blave. C’est là que les premières difficultés commencent à apparaitre, lorsqu’il nous faut remonter le Ravin de la Salcette. En effet, le sentier est en dévers, glacé et encore partiellement enneigé, si bien que ça glisse et en devient dangereux. Il est préférable de chausser les crampons pour plus de sécurité. Les raquettes restent donc sur le sac… Pendant de longues minutes, les crampons passent du rocher et de la terre gelée aux plaques de glace. Nous débouchons enfin là où le ravin le vallon s’élargit. Nous laissons main droite les Cabanes de la Blave (2194m) au pied des Crêtes de la Gavie et située dans une vaste vallée. Après la traversée de cette large plaine, nous démarrons la vraie ascension menant au Bric de Rubren en quittant le GR de pays pour dépasser l’ancienne carrière de marbre de Maurin. Nous commençons à vraiment prendre de l’altitude : il était temps ! Nous devons négocier une longue partie en dévers et c’est au compte-goutte que nous arrivons à la Cabane de Rubren (2449m), demeure estivale d’un berger entre le 1er aout et le 25 septembre. En dehors de ces périodes, c’est une cabane de bivouac avec toute le confort dont on peut espérer à ces altitudes (cheminées, matelas, poêle pour cuisiner…). C’est avec sous quelques rayons de soleil que nous décidons de prendre une petite pause pour nous restaurer et attendre le groupe.

Pas de Mongioia (3085m)

Nous passons derrière une croupe et remontons le Vallon de Rubren, au plus proche du torrent encore sous la neige. Nous laissons par ailleurs un autre torrent main gauche. Nous ne voyons toujours pas le Bric de Rubren… Et pourtant, cela fait déjà un bon bout de temps que nous avons quitté Maljasset. La suite sera une longue succession de montées et descentes dans le Vallon de Rubren, en direction du Pas de Mongioia (3085m). Nous passons sous la Tête de la Gavie, puis celle de Malacoste, quand, enfin, un col apparait au loin, encore très loin ! C’est le Pas de Mongioia. Une masse de rocher semble se dessiner sur la gauche du col : le Bric de Rubren se devine enfin ! On ne sait pas trop comment se vêtir : tantôt un vent frais souffle nous refroidit, tantôt abrités nous prenons chaud malgré l’altitude. En tout cas, la dernière partie menant au col est raide, très raide. Nous taillons de belles courbes nous permettant de mieux faire passer la montée où le souffle se fait court. On sent bien que nous commençons à être bien haut, proche des 3000m d’altitude. La délivrance après 4h30 d’ascension ! Nous arrivons au col frontalier, marqué par une balise que je m’empresse d’immortaliser sous tous les angles : vers la Crête de Mongioia, vers le Rubren et le bivouac se trouvant à ses pieds et vers le Queyras. Et peu importe si la vue ne porte pas aussi loin qu’on le voudait, nous sommes à 3085m d’altitude ! Près de 3100m, et raquettes aux pieds qui plus est. Et oui, après avoir fait un bon bout avec les crampons, la neige s’est transformée sous l’effet des quelques rayons du soleil et à force de nous enfoncer, nous avons du échanger les crampons contre les raquettes. Une fois que toute la petite troupe est arrivée au col, nous prenons la direction du Bivouac Franco Boerio (3089m) pour manger un bout, à l’abri du vent et autour d’une table ! Grand luxe aujourd’hui. Mais nous ne tenons pas tous au tour de la table. Nous squattons les lits et nous laissons même aller à nous allonger pour reprendre quelques forces avant de plonger 1200mD- plus loin. Bon moment en tout cas dans ce petit bivouac qui peut accueillir quelques 10 personnes, voire 15 en se serrant bien.

Pas de Mongioia (3085m)

Lorsque nous sortons de l’abri, les nuages se sont quelque peu dissipiés et nous pouvons apercevoir la croix au sommet du Bric de Rubren. Les sommets alentours apparaissent différemment et les crêtes jouent avec les nuages. Nous apercevons même le Col de Salsa (3175m) juste sous le sommet homonyme (3328m). La pente sous le col est agréable à descendre, quoiqu’un peu raide, mais étant de bonne qualité, on s’amuse bien. Une fois revenus au fond du Vallon de Rubren, le soleil tente même une apparition : quel bonheur. Nous redescendons sur un bon rythme avec pour l’objectif d’arriver au refuge avant les 19h fatidique du repas. Et avec cette nouvelle luminosité, le vallon apparait différemment, laissant même voir par endroit le torrent sous une belle épaisseur de neige encore accumulée. Au lieu de repasser à la Cabane de Rubren, nous filons sur la gauche en suivant le vallon naturel, sous les Crêtes et la Tête de la Gavie. Puis cruel dilemme : descendons-nous directement sur la Cabane de la Blave ou tirons-nous un dévers en quête d’une pente meilleure pour rejoindre le torrent de la Blave ? Nous sommes quitte pour une traversée à flanc qui s’achevera assez vite sur un talweg assez marqué. Nous taillons des marches dans le petit mur de neige et descendant vers vallon en prenant le temps de passer les crampons. En effet, sous une petite couche de neige il y a de la glace. La pente est telle qu’il est plus prudent de la négocier en crampons. Au niveau du ruisseau, nous remettons les raquettes aux pieds et retournons directement vers le Ravin de la Salcette. Là, nous espérons que le sol aura dégivré et que la neige plaquée ne sera pas dure, pour que nous passions sans avoir recours aux crampons. Et c’est le cas. Nous passons sans encombre cette zone qui nous a ralentis à l’aller, mais il faut quand même rester vigilant. Puis c’est la passerelle. Là, le groupe se scinde : ceux qui redescendent dare-dare à Maljasset et ceux qui prennent leur temps. L’heure avançant, la température diminue légèrement, d’autant qu’un petit vent se lève dans la haute vallée de l’Ubaye. Le long du sentier, dans une zone en terre, nous pouvons voir les traces detaupes et leur déplacement sous la neige quand celle-ci était encore présente. Le retour se fait ainsi tranquillement en apercevant la belle Aiguille Pierre André et le Vallon de Mary pour où nous monterons le lendemain. 11h de course, rentrés au refuge à 18h45, pour 23km parcourus (1200mD+). Belle performance, uniquement physique aujourd’hui. Même pas un goût amer d’avoir échoué à 300 m du sommet. Il ne bouge pas. Nous y reviendrons en été, la course sera moins longue, les paysages différents. Mais avec la satisfaction que tout le groupe soit arrivé au col de Mongioia. Juste le temps de filer sous la douche avant le repas qui va nous permettre de faire le plein d’énergie pour affronter une autre rando lundi de Pâques. Bonne soirée, passée à bien s’hydrater et bien manger pour être opé le lendemain. On se couche tôt, bien fatigué et le sommeil est profond malgré les 10°C dans le dortoir…

Tag(s) : #Rando Raquettes, #Rando Alpes
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