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Monte Cinto (2710m)

Dimanche 14 septembre 2014 – ce matin, il fait nuit au levé. Nous voulons partir assez tôt pour être au sommet à midi et tenter de profiter au maximum de la vue au plus haut point de la Corse. Départ au petit jour vers le terminus de la route : l’ancienne station de ski de Haut-Asco. Le GR20 y fait halte avec un refuge/gîte d’envergure. Nous arrivons d’ailleurs au moment où quelques groupes (surtout étrangers) s’apprêtent à partir pour leur étape du jour, depuis les 1422m du parking. Le départ de notre rando est situé en contre-bas du parking, derrière les conteneurs poubelles. La rando du Monte Cinto est relativement courte : seulement 11km mais avec 1500mD+. Et pourtant, en démarrant la journée, nous avons 1km de plat, ce qui veut dire que la montée est condensée sur à peine 5km. Ça promet d’être raide… Il va déjà falloir monter jusqu’au col de la Pointe des Eboulis (2600m) puis redescendre un peu versant sud et finir par les 150 derniers mètres sous le sommet. Là, on commence par un sentier plat plus au moins parallèle au GR20 en se dirigeant vers le sud. Mais rapidement, ce petit échauffement cesse et on attaque la vraie montée. Le ton est donné : dès le départ, nous évoluons dans les pierres. Elles sont d’abord petites mais présentes sur tout le sentier marqué de traces rouges et de cairns. La fraicheur relative du matin cesse quand nous passons au soleil, en remontant le court du torrent de Tighiettu. Mais très rapidement, nous allons repasser sous la montagne et continuer de progresser à l’ombre. Heureusement que nous sommes en mouvement. Nous traversons le torrent au niveau d’une passerelle aménagée (1488m). C’est là que la véritable montée, bien raide commence, lorsqu’il faut progresser sur les flancs du Capu Borba. Du granite tout autour de nous, un sentier parsemé de pierre et des appuis irréguliers.

Monte Cinto (2710m)

Quelques marches pour franchir des dalles ou des rochers plus gros que les autres et le passage d’un pierrier marque une première partie de l’ascension qui se termine vers la cote de 2100m d’altitude. Là, petit replat et surtout une pause bienvenue. Nous sommes toujours à l’ombre : le soleil n’est pas passé derrière cette imposante montagne qui nous fait face. Il s’agit du Monte Cinto et plus le temps passe plus nous restons à l’ombre car nous nous rapprochons du pied de la montagne et la course du soleil vers son zénith n’est pas suffisante pour nous irradier de ses rayons. On peut presque dire qu’il fait froid. Le moral des troupes est toujours bon même si depuis ce lieu, nous voyons l’ampleur de ce qu’il nous reste à accomplir pour jouir du sommet du Cinto. Nous avons doublé une quinzaine de personnes depuis le départ, certains finiront par sortir au sommet d’autres iront ailleurs, mais sur un rythme plus lent que le nôtre qui n’est déjà pas très haut tant la montée est exigeante. Ne connaissant pas la rando, nous ne faisons que supposer la suite du parcours. On sait qu’on doit arriver en crête, mais où ? Et quand on regarde le mur qui nous fait face, on voit des barres, des éboulis et un sentier dans ce qui ressemble à du sable. Ne voyant plus de marques rouges, nous écoutons 2 personnes sur lesquelles nous venons de revenir qui disent de se diriger sur la droite de la crête. Nous suivons alors une sente, très légère, uniquement marquée de quelques cairns disparates. Le couple de retraités nous suit mais nous allons un peu plus vite. Après concertation, on se rend compte qu’on ne va pas dans la bonne direction et que le col auquel nous allons devoir sortir est juste au-dessus de nous. Nous apercevons d’ailleurs quelques personnes qui sont au soleil au niveau du col. Plus sous la montagne, c’est un homme en veste bleue qui attire notre attention. Il semble monter entre les barres. Nous doutons qu’il soit sur la bonne trace ; mais quand on regarde l’extrait de carte IGN c’est bien la trace et nous sommes trop à l’ouest. Nous décidons du cap à suivre pour rallier enfin le bon itinéraire. Ça sera droit dans la pente et les éboulis grossiers. Notre amie serre les dents et surmonte cet épisode de fort belle manière, car ce petit détour est très éprouvant. De retour sur la trace normale, nous retrouvons les marques rouges mais la difficulté reste la même : toujours des éboulis plus ou moins grossiers, des passages glissants sur du sable et des graviers qui glissent sous nos pas. Mais nous nous rapprochons du col et du soleil.

Monte Cinto (2710m)

En y arrivant, la vue sur le sud est masquée par une brume montante, alors que sur le versant nord, le soleil est omniprésent. A droite, la Pointe des Eboulis (2607m), presque au même niveau que le col et à gauche, le sommet du Monte Cinto. On aperçoit par intermittence la croix au sommet à cause de la brume montante. Il nous reste encore 40min avant d’y siéger. Nous suivons quelques mètres la ligne de crête et basculons sur le versant sud. Nous descendons franchement dans un bel enchevêtrement de bloc parfois instable, tout en suivant les marques rouges et les cairns. Enfin, 150m sous le sommet, nous abordons la dernière portion montante et arrivons au sommet en 3h45. Nous estimions le temps de montée à 4h. Tout est bien. Content d’arriver sur le toit de la Corse même si la vue n’est pas au rendez-vous. Nous distinguons uniquement le côté Asco et le départ du gîte. Calacuccia, le Lac du Cinto, la Paglia sont tous masqués par les nuages. Nous espérons que ceux-ci finissent par monter pour que nous puissions profiter de la vue. Nous nous éloignons de la croix qui marque le sommet et mangeons alors que des choucas attendent patiemment nos restes. Nous leur lancerons les peaux du saucisson et quelques boulettes de mie de pain et les empêcherons d’attaquer un petit oiseau. Un mec seul uniquement chaussé de tennis et armé d’un sac assez imposant nous aborde. Nous ne reconnaissons pas son accent (anglais ?) et voudrait savoir si nous avons vu un rapace avec des ailes blanches. A priori il l’a repéré avec ses jumelles et le cherche. Nous n’avons rien vu de tel. Il nous demande d’où nous arrivons. Il arriverait de la voie sud et va basculer voie nord pour aller au même camping que nous. Nous repartons du sommet avant lui, sans voir la vue, après 1h passée au sommet. On redescend les 150m et on remonte au petit belvédère duquel on aperçoit enfin le petit Lac du Cinto (2289m) dans son écrin d’éboulis rendu sombre par les nuages. Nous basculons vers le versant nord où le soleil prédomine toujours. Nous sommes très prudents durant la descente, d’autant que j’ai été victime d’une chute bête sur la réception d’un petit saut en passant un dévers. Rien de mal.

Monte Cinto (2710m)

Nous sommes tout content de revenir à la cote 2100m, sur ce petit replat car même si la descente est loin d’être finie, la partie la plus pentue est derrière nous, finalement bien négociée droit dans la pente, toujours en suivant les marques qui disparaissent mystérieusement au niveau de cette zone… Il suffisait d’aller tout droit au lieu de tirer à l’ouest. Mais notre détour ne nous aura pas épargné ni ajouté de difficulté. Nous retrouvons d’ailleurs les mauvais aiguilleurs avec lesquels nous discutons. Ils ne sont pas parvenus à atteindre le sommet (second échec après une 1ère tentative 3 ans auparavant depuis Lozzi – voie sud). Comme nous, ils se sont mal embarqués et n’ont pas rétabli à tant pour reprendre la bonne trace, comme nous. Même s’ils nous ont aperçu, ils perdront trop de temps et s’épuiseront dans les éboulis et n’iront qu’au belvédère avant le sommet et duquel la vue sur la face nord du Cinto est impressionnante : un à pic vertigineux fait de granite ! Ils viennent de Chamonix, nous de Nice, montagnards aussi et viennent régulièrement en Corse pour profiter des douceurs du climat, des plages et faire quelques sommets, à l’exception du GR20 sur lequel il y a trop de monde à leur gout. Puis un groupe doublé également le matin arrive. Ce sont des corses, des locaux, ravis d’apprendre que nous avons sortis le sommet et content pour nous. On sent le respect que la montagne leur impose et le désir de partager avec nous. 2 très belles rencontres. Nous les quittons tous les 2 pour redescendre : nous sommes nettement plus rapide. Nous allons même double le groupe de 6. Mobylette à la montée, mais aussi à la descente. La descente se passe bien, nous rattrapons les allemands du sommet en bas de la pente et allons nous rafraichir quelques instants dans une vasque. Nous ne parviendrons pas à rentrer plus que les mollets dans l’eau tant elle est froide. Une petite erreur nous ramène un virage trop bas sur la route et nous devons remonter 15min sur la route pour retrouver le parking du départ après une bonne journée de 9h, dont 8h à marcher… Mais très belle rando, une vraie bavante ce Cinto. Que de la pierre, du début à la fin. Eprouvant, tant par le terrain que par la difficulté du D+. Nous ajoutons ainsi le Monte Cinto à notre liste de sommets, bien fatiguant quand même et pas évident. La montagne corse se gagne chèrement : balisage approximatif, des hors sentiers compliqués. C’est aussi ça la montagne, mais nous avons réussi à rétablir la situation pourtant mal engagé lorsque nous sommes mal partis. Et un sommet à 2710m en Corse vaut vraiement bien un sommet à 3000m dans les Alpes, pas de doute la dessus !

Tag(s) : #Rando
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