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Cervières - Chenaillet

Samedi 3 mai – dernière journée en terre briançonnaise, et dernière rando programmée aujourd’hui, au départ de Cervières (1636m), sur la route du Col de l’Izoard. Nous partons en direction du hameau de l’Alp, depuis l’Eglise St-Michel. Cette église domine le village ainsi qu’un vallon aux flancs très pentus et instable : des marnes noires sur un flanc et des cheminées de fée sur l’autre. Nous continuons à monter, et après avoir dépassé une petite chapelle et le hameau de l’Alp, on voit autour de nous plusieurs bergeries plus ou moins en ruine puis nous rencontrons les premières traces de neige dès 1900m, celle qui est tombée la veille. Elle est vraiment présente au sol à partir de 2000m, avec environ 5cm de neige bien humide qui corse la montée car il faut chercher le sentier qui pour le coup est parfois invisible. Nous avons une belle vue sur la vallée au sud de Cervières et on devine le cheminement montant au Col de l’Izoard. Puis c’est le Pic de Rochebrune qui apparait nettement plus proche que 2j auparavant. Nous arrivons ensuite à un chemin plat qui contourne le sommet des Anges. La vue est belle et au détour d’un petit col, nous distinguons des paysages d’un blanc immaculé. Mais le plus surprenant, c’est que tout autour de nous, que ce soit dans la neige ou sur les pelouses fraichement découverte, nous voyons de petites formes détaler, plonger dans des terriers ou gambader de trous en trous. Il y a des marmottes partout. Il ne passe pas 5min sans qu’on en aperçoive une ou plus. Parfois, lorsque nous les surprenons, elles poussent leur petit sifflement caractéristique. Elles vont nous accompagner tout le reste de la journée. Je crois que je n’aurais jamais vu autant de marmottes en un même lieu.

Cervières - Chenaillet

On sent bien que nous étions dans un lieu stratégique au moment des guerres, car en effet, nous sommes dans un lieu transfrontalier. Outre les forts que nous apercevons sur les hauteurs dominant les lieux, il y a des tourelles bétonnées enfouies assez régulièrement, avec des vues imparables sur les vallées et sur les passages de cols. Le relief est lui aussi partie prenant de ces ouvrages, avec des tranchées et des restes de barbelés. C’est d’ailleurs au fond de l’une de ces tranchées que le Chenaillet émerge à l’horizon, accompagné du Grand Charvia. Le Chenaillet, c’est cette montagne à la géologie caractéristique qui met à jour un morceau de croute océanique. On parle de l’ophiolite du Chenaillet. Ainsi nous verrons des serpentinites, roches sombres issues de l’hydratation des roches du manteau terrestre, puis au-dessus, nous verrrons des roches dont les cristaux sont visibles à l’œil nu et de teinte claire : des gabbros qui correspondent de nos jours à la base de la croute océanique, lorsque la fusion partielle du manteau donne des magmas qui cristallisent lentement en profondeur. Et pour terminer (même si nous ne parviendrons pas à y monter), la partie sommitale du Chenaillet (2650m) est constitué par des laves en coussins (pillow lava), lorsque, au contact de l’eau, la lave se refroidit brusquement. Toutes ces roches sont un reliquat de l’ancienne croute océanique de l’océan alpin aujourd’hui disparu par le phénomène de subduction, due à la remontée de la plaque africaine vers le nord. A la cote altimétrique 2235m, nous arrivons aux abords du Lac des Serailles, encore partiellement glacé, mais cette glace est à présent très fine. Une partie des eaux est même libre mais la vue est splendide, avec ces touffes d’herbes qui commencent à apparaitre et une neige immaculée alentours.

Cervières - Chenaillet

Nous parvenons ensuite à nous frayer un chemin jusqu’au Col de la Cabane des Douaniers (2309m), qui permet de rebasculer sur la station de Montgenèvre et les sources de la Durance Une énorme montagne : Château Jouan a son sommet occupé par un fort d’une taille impressionnante. Plein sud et masquant la vue sur le Pic de Rochebrune, nous avons une vue imprenable sur le Lasseron et Turge de Peyron. Depuis notre sentier panoramique et avant d’atteindre en faisant notre trace la Cabane des Douaniers, nous pensions pouvoirs gravir tout ou une partie du Chenaillet, mais une fois arrivés au niveau d’un petit promontoire (2357m), nous sommes contraint d’arrêter notre progression à cause de la neige : cette neige fraiche est très importante et recouvre beaucoup la suite du trajet. Mais nous profitons de ce point de vue quelques instants, d’autant que nous sommes complètement seuls. Les sommets acérés des Ecrins sont superbes, notamment le Dôme de Pelvoux et le Dôme des Ecrins. C’est superbe ! Nous mangerons abrités du vent derrière la cabane des Douaniers avant de plonger dans la descente par le même itinéraire. Mais l’impression sera tout autre, car le soleil en ce 3 mai réchauffe bien le sol et fait fondre toute la neige dans laquelle nous sommes montés. Le paysage sera bien différent. Finies les traces de pas de marmottes dans la neige fraiche, mais celles-ci seront encore plus présentes, profitant du soleil pour sortir et se restaurer. Marmottes et marmottons feront notre joie à chaque rencontre. Mais bientôt le soleil commence à disparaitre derrière de gros nuages, mais nous nous rapprochons rapidement de la voiture. Au niveau de la source du ravin de Cervières, je cueillerai des bourgeons rose sur les 2 uniques mélèzes pour préparer cette liqueur qui me tient à cœur. Les fleurs seront ainsi récoltées à 2000m d’altitude. Puis, avant de traverser le ravin, la pluie nous saisira en plein vol : une petite averse orageuse qui nous obligera à finir notre journée au pas de course après 800mD+ et une bonne dizaine de kilomètres. Nous prendrons ensuite la route du retour vers Nice pour une rando raquettes le lendemain dans le secteur de la Madone de Fenestre.

Tag(s) : #Rando Alpes
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